louis xivAu service du Roy

Louis XIV enfant apprécie beaucoup un petit château, au domaine giboyeux, que son père Louis XIII a fait construire à Versailles en 1631 à la place d'un relais de chasse. C'est donc tout naturellement que, devenu le Roi Soleil après la disparition de Mazarin, il l'agrandit et l'embellit dès 1661, par des jardins aux fontaines jaillissantes. Nul doute que la trop somptueuse fête organisée le 17 août 1661 par son surintendant Nicolas Fouquet, en son château de Vaux-le-Vicomte, ne le pousse ensuite à faire de Versailles un superbe château entourée d'un magnifique parc à la française. C'est dans ce cadre qu'il organise par la suite de grandes fêtes destinées à impressionner ses invités de marque et ses sujets.

Mais l'eau destinée aux fontaines tant appréciées se met alors à manquer cruellement, malgré tous les travaux d'approvisionnement effectués de puis 1664, dans une sorte de course à l'eau permanente : étangs de pompages, tel l'étang de Clagny creusé à même le parc et étangs gravitaires, réservoirs alimentés par des rigoles réalisées sur le plateau de Satory, bassins inférieurs et supérieurs, toutes ces solutions très locales n'y suffisent plus et le niveau de l'eau baisse toujours.

Entre 1668 et 1670, la Bièvre est à son tour mise à contribution : une digue permet de former l'étang du Val et des moulins à vent actionnent des pompes qui remontent l'eau jusqu'au réservoir de Satory. En 1674, on pense à utiliser les eaux de la Loire mais finalement on trouve qu'il n'y a pas de pente pour ce faire. Le problème reste donc entier et c'est ainsi que de 1677 à 1678, un réseau d'étangs dits Supérieurs est créé à Trappes puis Bois d'Arcy et Bois-Robert. Leurs eaux sont conduites à Versailles par un aqueduc souterrain qui présente une pente de 30cm au km, sur 11 kms.

Les besoins grandissant chaque année, l'eau est ensuite amenée de la Seine, en 1681, par les célèbres machines de Marly et l'aqueduc de Louveciennes qui comporte 36 arches et s'étire sur 643 mètres. Il faut dire qu'il est prévu que les 1000 jets d'eau du début passent, en 1682, à 2400 pour l'organisation de spectacles de trois heures soit 6300 m3 à l'heure pour 1000 m3 en fonctionnement normal. C'est donc dès 1680 que Colbert fait appel à l'architecte Thomas Gobert (1630-1708) pour étudier les possibilités de faire parvenir à Versailles les eaux des hauteurs des Plaines de Saclay. Le Plateau de Saclay est situé dans le Hurepoix, à 15 kms environ au sud-ouest de Paris. Il est encadré par les vallées de la Bièvre au nord, de la Mérantaise et de l'Yvette au sud. A l'est et à l'ouest des resserrements de ces deux vallées le bornent. Il s'agit donc d'utiliser les eaux de ce plateau qui possède une géologie adaptée, en retenant ces eaux dans des étangs dits Inférieurs car ils sont situés à 10 m au dessous des étangs existant dénommés Supérieurs.

C'est ainsi que l'étang Vieux, étang naturel est agrandi et que les étangs du pré Clos (1681), d'Orsigny (1682) du Trou Salé (1685), de l'Etang Neuf (1685) et de Villiers (1686) sont créés. Des rigoles assurant le drainage des terres convergent vers ces étangs qui communiquent par des aqueducs. La capacité de stockage de l'eau atteint 1 700 000 m3. La vallée de la Bièvre est franchie tout d'abord à l'aide d'un siphon, vite remplacé en 1686 par un pont aqueduc, les « Arcades de Buc ».

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Les rigoles traversent les reliefs par le moyen d'aqueducs souterrains, formant ce que l'on appelle la « ligne des puits » ou encore « l'aqueduc des mineurs.

Tout le système permet ainsi d'avoir une pente moyenne d'environ 0,2 mm/m ce qui, pour l'époque est réellement une prouesse technique. En 1688, on relie les réseaux des étangs inférieurs et supérieurs par la rigole de Guyancourt. L'ensemble du réseau gravitaire ainsi mis en service peut recueillir annuellement plus de 4 millions de m3 d'eau donnant un débit quotidien de 12 000 m3. Or il en faudrait 3 à 6 fois plus.

Pour terminer ce bref rappel historique, il convient de citer également les gigantesques travaux entrepris entre les années 1684 et 1692, afin de concrétiser le projet d'un véritable détournement de l'eau de l'Eure. Ce chantier après avoir mobilisé 30 000 hommes a dû être abandonné, la main d'œuvre à laquelle participait plus de 20000 soldats ayant été mobilisé par la guerre, puis le manque d'argent s'étant cruellement fait sentir.

Il faut dire que tant le Château de Versailles que l'ensemble du système hydraulique, bien qu'appartenant à la Couronne, ont été financés sur fonds publics et que l'opération a coûté dans son ensemble plus de 80 millions de livres soit pour le système des étangs inférieurs plus de 1,5 millions. Si l'on considère qu'une livre vaut environ 15.- Euros....et encore faut-il relativiser les comptes de Colbert : à l'époque la main d'œuvre n'était pas chère et de plus la paye des soldats n'était pas comptabilisée dans ce budget.

Au service des habitants

Au service du Roy, l'eau et l'aménagement du Plateau de Saclay, vont avoir cependant pour conséquence directe ou indirecte de complètement transformer sa physionomie.

En effet, si le but premier de ces rigoles était la collecte par drainage, de l'eau de pluie sur les 5000 hectares du Plateau de Saclay et son écoulement jusqu'au Château de Versailles, il n'en reste pas moins que ce drainage a modifié cette étendue marécageuse et insalubre. Il a, tout d'abord, fait disparaitre les maladies endémiques qui sévissaient telles les fièvres des marais. Il a permis surtout la création et la pérennité d'une agriculture moderne, céréalière et betteravière puis facilité, au 20ème siècle, la transition d'une agriculture traditionnelle à une modernité rurale. En effet, concomitamment à la construction du réseau de rigoles, de nouvelles techniques de drainage ont été mises en œuvre : un système de drains en poterie placés entre 60 et 80 cm de profondeur reliés aux rigoles, est mis en place. Tous ces travaux ont eu pour conséquence d'une part de protéger les deux vallées limitrophes des inondations mais d'autre part d'assurer la fertilité des terres agricoles.

Inondations tout d'abord : le Plateau de Saclay se situe entre trois bassins versants : la Bièvre au nord, la Mauldre au nord-ouest et l'Yvette au sud, chacun avec ses affluents. Les exutoires naturels des eaux de ruissellements sont donc les rivières en fond de vallées. Une reconnexion du réseau hydraulique au château de Versailles permettrait qu'une partie de ces eaux retourne vers le Château et limiterait ainsi les risques d'inondations des vallées, par la maitrise des eaux de ruissellement du plateau.. De plus une régulation au quotidien des rigoles autorise une gestion, en première intention, d'une forte pluviométrie.

Agriculture ensuite : il ne faut pas oublier que le limon, d'une épaisseur de 8 mètres, rend le sol du plateau de Saclay pratiquement imperméable et une nappe d'eau dite de surface empêcherait sans drainage, toute agriculture en faisant chuter les rendements de 80% ! Le réseau des rigoles, complété au fil du temps par le système de drainage de 5000 hectares de terres agricoles a permis la fertilité d'un plateau qui s'est voué à l'agriculture ; une agriculture d'autant plus importante que depuis les années 80 elle a su accompagner le mouvement de développement durable naissant et se diversifier. C'est ainsi que d'une grande culture céréalière, protéagineuse et oléagineuse, elle est passée pour partie à des cultures vivrières de proximité (fruits, légumes, fleurs) vendues directement ainsi qu'à la vente de produits transformés ou d'élevages, en circuits courts.

Il n'empêche que depuis les années 50, faute d'entretien et suite à de nombreux aménagements dont la construction de la RN 118, de l'aérodrome de Toussus-le-noble qui a nécessité le comblement de l'étang du Trou salé, et de beaucoup d'autres réalisations, le réseau s'est dégradé : par voie de conséquence, le Château de Versailles manque toujours d'eau. Songez que de nos jours le fonctionnement des 617 jets en service nécessite 36 000 m3 d'eau à l'heure !

Mais, ce qui est plus grave à nos yeux, c'est que la destruction progressive de ce drainage a supprimé la protection qu'il inférait aux habitations du plateau et des vallées contre les inondations. C'est ainsi qu'en avril 2007, des inondations catastrophiques ont eu lieu à Villiers-le-Bâcle, Châteaufort et au centre de Gif-sur-Yvette. En février et juin 2013 l'interruption de la continuité des drains a provoqué la submersion des terres agricoles avec un sérieux débordement dans le lotissement du Val d'Albian, sur la commune de Saclay.

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Gageons que les travaux d'urbanisations, en cours et à venir, dans le cadre du Campus urbain du Plateau de Saclay menés par l'Etablissement public Paris-Saclay ne feront qu'aggraver les phénomènes naturels, si rien n'est fait : c'est le rôle et la tâche du SYB que de mettre en œuvre le programme de réhabilitation du réseau de rigoles et des étangs afin de pérenniser une agriculture périurbaine de proximité, une prévention de première intention des risques hydrologiques tout en protégeant la biodiversité florale et faunique dans des zones humides de transitions entre ville et champs, la qualité de l'eau et en offrant des sentiers de découvertes et de promenades aux familles. Cerise sur le gâteau, si nous pouvons de plus assurer de nouveau l'approvisionnement des fontaines du Château de Versailles, et son classement dans le Patrimoine Mondial par l'UNESCO, le SYB aura royalement rempli sa mission !

Pour tous les passionnés d'histoire locale et pour accéder à un maximum de détails techniques, nous incitons vivement les lecteurs à consulter les divers sites internet suivants, extrêmement documentés : http://ases.saclay.free.fr/patrimoine/rigoles/rigoles.html ainsi que celui dans lequel figure un article de Serge Fiorese, élu au conseil du SYB et vice-président, sans qui nous n'aurions pu réaliser ce résumé et que nous remercions bien vivement.

Nous vous invitons, par ailleurs, à vivre la belle aventure du SYB en continuant à visiter les différents onglets du site.

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